Les univers virtuels sont d'une fragilité extrême. Souvenons-nous qu'un Deuxième monde a déjà disparu au tournant de l'an 2000, trop tôt mis en ligne par l'entreprise qui l'avait conçu. Second Life, apparu beaucoup plus récemment, a su capter l'internaute actuel, prêt à passer du temps en ligne pour son plaisir. Mais cette "seconde vie" ne risque-t-elle pas, à son tour, d'être brève ? Les successeurs se bousculent déjà : techniquement plus performants, visuellement plus aboutis, ils promettent d'offrir une expérience plus riche aux utilisateurs. Car tous les moyens sont bons pour attirer, et tenter de retenir, ces utilisateurs si versatiles : il suffit qu'un univers commence à se dépeupler sensiblement pour que l'hémorragie de fréquentation prenne des proportions dramatiques. La desertification est funeste à l'univers en ligne.
L'atelier "oeuvres partagées" a donc anticipé l'abandon de Second Life et même vu un peu plus loin en redécouvrant les traces laissées par ce monde perdu. Des preuves du passé ont été constituées, donnant à voir des vestiges, des empreintes, des fossiles blanchis par le temps ("détexturés" pour employer le terme juste) dont ne subsistent que les volumes et les ombres. Mais comme la mort n'est pas une option possible dans Second Life, les avatars - les "corps virtuels" des utilisateurs" - sont totalement absents : pas de nécropole ou de sépultures, d'eux ne reste rien si ce n'est une organisation particulière de l'espace.
(Extraits de la note d'intention du dépliant de l'exposition).